PROTÉGER LES ENFANTS DANS NOS VILLES : PASSER DES DISCOURS AUX ACTES


Voici le texte d’une habitante de Tournefeuille, militante des droits des enfants, texte et propositions que nous partageons pleinement.




Les villes ne peuvent plus se contenter d’afficher des principes, elles doivent devenir des acteurs concrets de la protection de l’enfance.

Parce que derrière les chiffres, il y a des visages, et ces visages, je les connais.

Auditionnée dans le cadre de la commission d’enquête parlementaire d’avril 2025 sur les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance, j’ai pu témoigner d’une réalité de terrain que beaucoup préfèrent ne pas voir ; des dispositifs saturés, des lois votées mais insuffisamment appliquées, des familles isolées, des professionnels épuisés, et combien d’enfants qui passent entre les mailles du filet?


Des chiffres qui ne peuvent plus être ignorés :

- 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année en France.

- Toutes les 3 minutes, un enfant est victime d’inceste, de viol ou d’agression sexuelle.

- 5,4 millions d’adultes déclarent avoir subi des violences sexuelles avant 18 ans.
- sur 10 personnes identifiées en situation de prostitution, 6 y sont entrées alors qu’elles étaient mineures.


Ces chiffres déjà alarmants sont nettement sous-évalués.

En effet, la prostitution des mineurs, les violences intrafamiliales, les réseaux d’exploitation, les fugues à répétition, les placements instables, les addictions, les troubles psychiques… ne sont pas des problématiques isolées, elles sont tentaculaires, transversales, systémiques.
Qu’il s’agisse d’un enfant victime d’inceste, d’une adolescente sous emprise affective d’un « lover boy », d’un jeune en errance exploité dans un réseau de cité, ou d’un mineur exposé très tôt à la pornographie, le point commun est le même : le psychotrauma.

Un trauma qui désorganise l’attachement, altère le discernement, fabrique de la dissociation, crée des conduites à risque, enferme dans la honte.

On ne peut pas comprendre les parcours sans intégrer cette dimension neuropsychologique.
On ne peut pas accompagner sans former les professionnels à cela.

On ne peut pas protéger sans soutenir les familles.

 

Le rapport parlementaire l’a dit clairement : la crise de la protection de l’enfance n’est pas qu’une crise de moyens, c’est aussi une crise de pilotage, de coordination et de volonté politique.

Les lois existent, les rapports s’empilent mais sur le terrain, les situations dites « complexes » deviennent des angles morts.

À travers l’association « Nos Ados Oubliés », que j’ai fondée et que je préside, nous accompagnons ces familles que les dispositifs ne parviennent plus à contenir.

Nous travaillons sur trois piliers : le soin (psychotrauma, addictologie, étayage clinique), l’insertion, l’accompagnement juridique.

Nous constatons chaque jour que les parents sont souvent les premiers lanceurs d’alerte… et les derniers entendus.


Une municipalité peut et doit agir.

- Créer une délégation dédiée aux droits de l’enfant.

- Former les agents municipaux, les éducateurs, les animateurs, les policiers municipaux au repérage du psychotrauma et des situations d’exploitation.

- Soutenir activement les associations spécialisées.

- Mettre en place des cellules locales de coordination autour des situations complexes.
- Développer des campagnes sur l’inceste, le consentement, l’emprise, la prostitution des mineurs.
- Soutenir la parentalité des familles exposées…


Protéger les enfants ne relève pas seulement de l’État et des départements, c’est une responsabilité collective.

Investir dans l’enfance, ce n’est pas une dépense, c’est une politique d’avenir.

Parce qu’un enfant protégé aujourd’hui est un adulte stable demain.

Parce qu’un enfant non protégé coûte infiniment plus cher à la société, humainement et socialement.

Il est temps de sortir du déni.

 

Jennifer PAILHE, Fondatrice et présidente de l’association « Nos Ados Oubliés ».