Notre position sur la LGV - Ligne à Grande Vitesse Toulouse – Bordeaux


La LGV Toulouse / Bordeaux - Un projet inutile et imposé

 

Le savez-vous ?

Nous, habitants de Tournefeuille, payons depuis 2023 et comme beaucoup d’autres une TSE – Taxe Spéciale d’Équipement, taxe à laquelle sont assujettis tous les habitants résidant dans une commune située à moins d’une heure de la future LGV.


Photo par jplenio / Pixabay

Le projet, dont le coût actuel est estimé à 10 milliards d’euros pour la partie entre Toulouse et Bordeaux (le projet global qui comprend aussi la partie entre Langon et Dax est de 14milliards) n’est toujours pas financé en totalité. En particulier, l’État se fait toujours « tirer l’oreille » et le préfet Durand vient de confirmer dans un récent entretien avec la Dépêche du Midi que le financement de la LGV était toujours à l’étude. Il est de plus en plus question de faire appel à des opérateurs privés comme le géant du BTP Vinci pour financer le projet et réaliser les travaux via un PPP – Partenariat Public Privé. Ce qui est certain, c’est que si ce PPP voit le jour, la « note sera salée » comme pour tous les projets réalisés avec ce modèle (pas de véritable concurrence pour choisir l’opérateur, profits exorbitants, défaut de contrôle de la puissance publique...).

Pourtant, les travaux ont déjà démarré tant au nord de Toulouse qu’au sud-ouest de Bordeaux. Mais, rien d’irréversible n’a encore été réalisé.

 

Cette taxe est donc déjà perçue alors que personne ne sait si ce projet verra vraiment le jour et si oui dans quelles conditions économiques.

 

Au-delà de ces constats préalables, parlons du projet lui-même. Les porteurs publics du projet, avec la présidente de Région Carole Delga « en tête de gondole », nous promettent une liaison Toulouse – Paris en 3h05 contre 4h20 actuellement. Le gain de temps apparaît donc comme substantiel. 

Il y a cependant un raccourci qui exprime une grande mauvaise foi. Ce temps de 3h05 est celui que mettra un train direct pour Paris sans aucun arrêt ; ni à Montauban, ni à Agen ni même à Bordeaux. Avec la ligne actuelle, non rénovée, et dans les mêmes conditions (train direct), le temps de parcours serait de 4h. Et avec une ligne largement rénovée et adaptée à une circulation mixte (trains TGV et Intercités) pour un budget estimé à 3 milliards (plus de trois fois moins que pour la LGV), le temps de parcours, toujours pour un train direct Toulouse - Paris serait d’environ 3h30.

Précision : les différentes données utilisées ici sont issues de plusieurs sources dont celles de l’étude réalisée par le cabinet Claracco à la demande des élus locaux du Tarn-et-Garonne.

 

Et puis, il est bon de préciser que, comme c’est déjà le cas sur la ligne Paris-Marseille, ces trains directs, appelés trains « drapeau », ne représenteront qu’une faible partie des trains qui circuleront sur cette LGV et que la majorité d’entre eux marqueront des arrêts à Montauban, Agen et Bordeaux avec un temps de parcours beaucoup plus long (un TGV met, hors procédure d’urgence, 12 km pour s’arrêter et 20 km pour atteindre sa vitesse de croisière...). Cela veut dire que la grande vitesse entre Toulouse et Montauban ou bien entre Montauban et Agen, c’est illusoire...

Et comme par hasard et comme c’est déjà le cas, la billetterie sera adaptée selon les créneaux horaires et seuls les plus aisés ou ceux en voyage dit « d’affaires » pourront se payer un train direct dont le prix du billet sera notablement plus élevé que celui d’un train marquant les arrêts à Bordeaux, Agen et Montauban. Les autres voyageurs devront se contenter d’un temps de parcours qui ira bien au-delà des 3h05 annoncés.

 

Pour ce qui est des voyageurs dits « d’affaires » sur lesquels une partie de la rentabilité commerciale du TGV a été estimée, il faut avoir à l’esprit la chute « vertigineuse » des déplacements d’affaire en avion depuis la Covid 19, largement liée au développement des visio-conférences ; chute qui a conduit Air France à abandonner la navette Toulouse-Orly. Pour cette partie des usagers, la plus rentable en général, il n’y aura donc pas de report de l’avion vers le train...

 

Est-il pertinent pour diminuer le temps de parcours d’une trentaine de minutes de dépenser 10 milliards d’euros avec la création d’une nouvelle balafre dans le paysage, la destruction de la biodiversité et la suppression de milliers d’hectares de terres arables destinées à nourrir la population.

Une rénovation de la ligne existante devrait largement suffire à améliorer la liaison Toulouse – Paris.

 

Une analogie avec l’autoroute A69 Castres - Toulouse

 

Et nous ne pouvons que faire un parallèle entre la LGV et l’autoroute A69. Dans les deux cas, c’est le même mode de pensée qui est à l’œuvre (aller toujours plus vite mais pas pour tout le monde...) et les mêmes modalités tarifaires qui sont à l’œuvre. Ne peuvent utiliser ces nouvelles infrastructures que les voyageurs les plus aisés ou bien ceux qui se font rembourser leurs frais de déplacement.

L’A69 permettra de gagner 15 minutes entre Castres et Toulouse et le prix à payer, de l’ordre de 15 euros pour un aller et retour, représentera environ 300 euros pour une utilisation 20 jours par mois. C’est-à-dire une somme incompatible pour la majorité des habitants, des artisans et commerçants, qui par contre ne gênera en rien un cadre des laboratoires Fabre en déplacement professionnel. C’est d’ailleurs pour eux que cette autoroute est faite...

Les autres habitants devront se contenter de prendre l’ancienne nationale dont les parties existantes à 2x2 voies, bien aménagées et financées par l’argent public, seront intégrées à la future autoroute. La grande majorité des automobilistes devront, de nouveau, traverser Puylaurens par exemple avec toutes les nuisances et le danger que cela représente pour les habitants des communes traversées. De la vitesse pour certains, la galère pour tous les autres.

 

Et pour celles et ceux qui s’y opposent pacifiquement, par la non-violence active, ce sont les blindés, les grenades explosives et les arrestations. Pourtant, tous les recours juridiques ne sont pas purgés et le passage en force est la seule politique que connaît l’État et ses soutiens comme la région Occitanie et sa présidente Carole Delga et les départements du Tarn et de Haute-Garonne.

 

Depuis 2020, les élus de la Liste Citoyenne de Tournefeuille ont interpellé, via des motions ou des vœux, les élus de la majorité (conduite par Dominique Fouchier puis par Frédéric Parre) comme ceux de l’opposition (conduite par Laurent Soulié) pour qu’une réflexion de fond soit effectuée sur ces choix d’aménagement du territoire qui sont d’un autre âge. Ces vœux sur la LGV et l’A69 ont été rejetés.

 

On ne peut parler d’écologie, de démocratie et de justice sociale sans prendre en compte les grands projets écocides et inutiles, imposés par la force sans réels débats contradictoires, sans véritable processus démocratique, qui génèrent destruction des écosystèmes et ségrégation sociale. Les élus de la Liste Citoyenne de Tournefeuille continueront, sans relâche, à participer aux mobilisations citoyennes pour que soit mise en oeuvre la nécessaire bifurcation écologique que la réponse au réchauffement climatique exige. Les actions du quotidien, à Tournefeuille comme partout, sont bien sûr nécessaires et nous y participons. Mais, parce que nous pensons le Monde dans toutes ses dimensions, nous nous reconnaissons dans une démarche d’écologie de rupture(s) qui pense et agit global et pas seulement local.